quelques propos sur la crise

Ce document est issu de la compilation de plusieurs textes et propos réalisés par des "pèlerins d'Arès", ainsi que bien entendu, par l'initiateur du mouvement lui-même, Michel Potay. Il montre que par-delà le catastrophisme ambiant, la crise peut être une porte ouverte sur un autre avenir si l'homme le veut, c'est-à-dire s'il consent à changer. La Révélation d'Arès est donc autant un avertissement à une humanité prise au piège de ses propres maux qu'un encouragement et un rappel de sa sublime vocation.

L'ensemble sera de toute façon remanié au fur et à mesure du temps.

Un document papier téléchargeable au format Acrobat Reader ainsi qu'un résumé de cet article seront bientôt disponibles.

la crise ? une opportunité à saisir !

Nul ne connaît l'avenir, qui n'est pas écrit d'avance contrairement à ce qu'une croyance populaire qui arrange beaucoup de monde pourrait laisser entendre. Même le Créateur, qui envisage tous les futurs possibles, ignore lequel nous allons choisir. Il sera ce que nous en ferons, comme le rappelle le Père revenu à Arès.

Cependant, si notre avenir absolu est totalement ouvert et indéterminé, notre avenir à court terme l'est beaucoup moins. Nos orientations actuelles, bornées par une vision plate et réductrice de l'humanité, nous engagent dans un déterminisme aux conséquences globales prévisibles. Une crise de grande ampleur est en pleine gestation, même si nous ignorons comment elle se concrétisera.

Pour celles et ceux qui savent discerner les signes des temps, comment ne pas se rendre compte en effet que de grands bouleversements se profilent à l'horizon ? Entrerons-nous sous la terre comme des nèpes stupides pour ne pas voir la réalité jusqu'à ce que le flot de l'inéluctable nous submerge (la Révélation d'Arès - le Livre XII/1-6) ? Ou bien allons-nous acquérir la sagesse de Joseph (Genèse 41), dont la capacité d'anticipation spirituelle et pratique reste un modèle perpétuel ?

la crise : une phase

En mandarin, le mot crise s'écrit à l'aide de deux idéogrames qui signifient respectivement "risque" et "opportunité". Le terme est ambivalent, il exprime pleinement les potentiels dans le grand champ permanent d'évolution qu'est la vie. La crise demeure ainsi la phase intermédiaire entre le chaos primordial et la création.

La crise est un passage nécessaire selon la loi des contrastes, qui rappelle que le bien est toujours adossé à la possibilité du mal, que chaque geste, chaque situation procède d'un choix. L'homme peut opter pour l'indifférence, le refus de choisir ou le choix de ne rien faire, comme on veut. On ne fait rien et on laisse des inerties qui nous dépassent régir notre avenir. Ou alors, l'homme peut se réformer pour agir en conséquence et reprendre en mains des situations qu'il croyait vouées à des forces incontrôlables.

Nous sommes libres de subir cette crise et de retourner à un chaos dont l'humanité mettra peut-être longtemps à sortir, comme nous sommes libres de faire de cette crise un monde neuf, un monde recréé.

Malgré le désarroi et la desespérance qui nous entourent, il n'est pas déraisonnable de profiter de la situation pour nous remettre en question et changer nos vies, avec les conséquences heureuses que ces bouleversements peuvent opérer sur le monde.

Clairement, la Révélation d'Arès trace la voie vers une civilisation nouvelle qui pour une fois ne sera pas bâtie sur des guerres, des conquêtes sanglantes, des bataillons de lois et de règlements pour imposer des alliances trompeuses (soit disant dans l'intérêt du peuple), mais sur un homme qui librement aura consenti à opérer une profonde réforme intérieure et à en propager l'action dans la société.

En meme temps, ce message est un témoignage pour aider à surmonter les faiblesses de ce siècle (la Révélation d'Arès - l'Evangile donné à Arès), c'est-à-dire à garder foi en la possibilité d'un autre monde possible malgré les apparences et surtout, ne pas se décourager face au travail à accomplir dans ce sens. "Heureux ceux qui croient sans voir" disait déjà Jésus il y a deux mille ans, moins pour anticiper le "Je ne crois que ce que je vois" de Thomas que pour signaler que des générations passeront avant de voir quelque réalisation du monde changé (la Révélation d'Arès évoque quatre générations qui ne suffiront même pas). Ce chantier n'est rien d'autre que celui d'un monde à accoucher au milieu des ruines d'un monde qui s'effondre.

la crise des années 1970 à nos jours

La crise est entrée dans le vocabulaire commun durant les années soixante-dix. C'est lorsque le prix du pétrole fut multiplié par quatre en quelques jours après la guerre du Kippour d'octobre 1973 que l'Occident prit conscience de manière simpliste que la crise ne concernait plus seulement les indicateurs économiques, mais aussi les fondemenents même de la civilisation.

Longtemps réservé au domaine médical pourtant, le mot a aujourd'hui envahi toutes les bouches - de la banale conversation aux discours les plus officiels - pour exprimer, de façon confuse, le blocage de notre société contemporaine. Dans un éditorial du périodique "le Pèlerin d'Arès" de 1988, Michel Potay, témoin des événements d'Arès en 1974 et 1977 exprimait la situation avec le terme anglais "gridlock" : un blocage intégral comme des pions dans leurs cases.

la crise : une hydre des temps modernes

Comme l'hydre de la mythologie, les nombreuses têtes grimpantes de la crise surgissent plus que jamais de toutes parts et nous barrent l'horizon. Tous les pans de notre société sont maintenant "en crise" : "crise de l'Education Nationale", "crise économique" (le grand classique), "crise de la Sécu" (voir notre mini-dossier sur la protection sociale qui aborde la question plus en détail), "crise de la sidérurgie" (ou comment les années 1980 virent la mise à mal d'un outil industriel qui avait assuré une bonne partie de la prospérité de régions entières en Europe), etc.

Mais les multiples têtes de l'hydre au regard hypnotique ne sont peut-être là que pour nous engourdir et mieux nous dévorer (15/3), notamment dans l'anticipation confuse qu'un tout autre est possible ! Car à la réflexion, les cous de l'hydre, ondulants et sifflants dans l'air comme des fouets au-dessus de nos têtes, se rattachent tous à un corps unique. Autrement dit, la racine du mal n'est pas si difficile à cerner. C'est peut-être l'une des leçons fondamentales de la Révélation d'Arès.

Les "crises" multiples ne sont en fait que les émanations et les conséquences d'une crise première, fondamentale : la crise spirituelle. C'est la raison pour laquelle le Père appelle le fils à changer, de façon récurrente depuis Adam, sur fond de crise. Il peut s'agir de la grande crise chronique du mal - que la Parole appelle "péché" - comme des "crises de civilisation" qui ponctuent l'histoire, ces dernières ne faisant que manifester des phases de paroxysme de la crise spirituelle fondamentale.

la pertinence historique de la Révélation d'Arès

Lorsqu'en 1974, Jésus - envoyé par le Créateur dans son corps de ressuscité - visita le frère Michel pour lui dicter L'Evangile donné à Arès, ceux qui reconnurent l'authenticité de l'événement n'en comprirent pas pour autant toujours bien les raisons et significations historiques.

Alors que la période faste des "trente glorieuses" s'achevait en catimini, de façon peu perceptible pour la plupart des observateurs, et que l'avenir semblait encore prometteur, nous pouvions légitimement nous demander : "Pourquoi un tel événement à notre époque ? Pourquoi le Père de l'univers est-Il revenu, aujourd'hui, appeler les hommes à changer leur vie et le monde (28/7) ?". "Pourquoi, alors que nous venons de sortir du paroxysme du malheur que furent ces deux guerres mondiales et leurs cent millions de morts et qu'à présent, la prospérité matérielle peut assurer le bonheur de la planète entière ?"

Certains, par intuition spirituelle ou par déduction de leur connaissance du prophétisme historique, comprirent qu'un tel événement ne pouvait surgir que dans la perspective d'un bouleversement important de notre civilisation, comme ce fut toujours le cas pour les périodes prophétiques du passé.

Mais quel bouleversement ? Nulle remise en question de grande ampleur n'était alors d'actualité. On parlait alors volontiers d'ajustement, dans une approche systémique très en vogue de notre monde, qui réduisait l'homme en société à un vaste ensemble dont les rouages et dynamiques internes finiraient bien par être maîtrisés par une approche rigoureuse et rationnelle. En gros, l'homme en société était une espèce de véhicule sophistiqué, un animal pensant super-intelligent.

L'événement surnaturel d'Arès semblait ainsi décalé, son Message presque déplacé, voire insultant pour la morale, notamment par son fond ontologique. "Comment, changer le monde, entamer chacun sa réforme de fond, tout remettre en question ? Mais pourquoi ?" "Tout ça, c'est encore un attrape-gogo pour faire de l'argent en jouant sur le catastrophisme et la peur de l'avenir des gens ?", disaient même certains qui aujourd'hui encore tiennent ce discours. Ils ne semblent pas comprendre ce qui se passe, tout simplement. Si tout allait bien, de quoi l'homme aurait-il peur ?

qui ne voit la crise aujourd'hui ?

En 2006, un peu plus de trente années après que fut lancé l'appel d'Arès, pris dans la tourmente d'une crise mondiale dont nous ne vivons certainement que les prémisses, nous entrevoyons plus clairement le sens et les enjeux du retour de Dieu (la Révélation d'Arès - le Livre I/1).

Nous voyons aujourd'hui ce que le Créateur voyait déjà en 1974 : une civilisation usée, en réalité bien plus meurtrie qu'elle ne voulait se l'avouer par les conflits terribles qu'elle n'avait pas su empêcher, déçue par l'avortement de ses rêves, au bord du renoncement le plus préoccupant qui soit, le renoncement à l'espérance.

Comme le perçoit lucidement Edgar Morin, interviewé par le journal La Vie de septembre 2005 : "Nous constatons une destruction de tout ce qui pouvait donner une espérance. Et il n'y a pas, jusqu'à présent, de volonté de la repenser politiquement, socialement, anthropologiquement. Nous sommes dans un vide. Il nous faut reconstruire une espérance, mais l'imagination nous fait défaut."

des désillusions sans nombres

L'imagination nous fait défaut? Et pour cause! Le XXe siècle a été le théâtre d'atroces désillusions, nous l'avons vu. L'effondrement du communisme en 1989 n'en fut pas l'une des moindres car même si sa forme politique fut atroce par endroits, l'espérance de fraternité et de partage qui avait motivé cette aventure ne pouvait pas laisser indifférents les hommes du monde entier.

En face du bolchévisme en marche, le rêve du président américain Roosevelt de mettre fin aux conflits armés et de promouvoir les droits de l'homme en bâtissant un monde unifié par la loi et une administration supra-étatique chargée de la faire appliquer avait suscité bien des enthousiasmes au sortir du deuxième conflit mondial. Il est à présent entré en agonie dans la plupart des esprits. Les institutions mises en place ont perdu la confiance de l'homme de la rue, qui n'a peut-être jamais bien compris leur propos du reste.

L'O.N.U. - dont l'impuissance est devenue aussi significative que le nombre de ses résolutions - n'est pas la seule institution touchée par le scepticisme. Les organisations issues de la conférence de Bretton Woods (F.M.I., Banque Mondiale, etc.), étaient sensées promouvoir le développement non seulement économique mais aussi humain. Il s'agissait d'éviter le retour des crises économiques et monétaires qui avaient contribué - croit-on - au déclenchement de la guerre. Elles aussi sont tenues en échec, prises dans leurs propres contradictions ou carrément instrumentalisées par des dominants qui ont compris comment les retourner à leur compte. Elles n'ont pu prévenir ni les crises financières asiatiques et russes, ni l'effondrement de l'Argentine, ni la stagnation ou même la régression des pays "en voie de développement".

l'Europe dans l'impasse

Quant aux institutions européennes - pourtant issues d'une volonté sincère d'unifier des peuples qui s'étaient entre-déchirés -, il est clair qu'elles ne font plus rêver personne, quand elles ne suscitent pas carrément méfiance et amertume. Le dernier référendum sur la constitution l'illustre à sa façon.

Beaucoup ne sont pas contre le fait que tous ces pays retrouvent entre eux la fluidité des échanges comme préambule à une union véritable, mais sentent bien confusément que la "constitution" est une cuisine politique qui déguise beaucoup trop de combines et d'intérêts particuliers pour être vraiment honnête, à tout le moins pertinente. Ce à quoi nous ajoutons que l'Europe ne naîtra jamais des lois ajoutées à d'autres, mais d'une conscience partagée d'un destin à accomplir ensemble.

la chute du communisme, prélude à celle de la sociale-démocratie

Le triomphalisme naïf de l'hiver 1989-90 proclamait la "victoire définitive de la démocratie et des droits de l'homme sur la tyrannie socialiste". Il aura été de courte durée, tout comme l'illusion de bonheur procurée par la dépense de quelques cinquante marks à des Berlinois de l'est qui purent pour un temps succomber aux mirages de la consommation dans les allées de la capitale allemande.

La fin de l'empire soviétique n'aura pas seulement été un bouleversement géostratgique, économique et politique. Il aura aussi été un bouleversement moral et culturel dont nous commençons à peine à mesurer l'ampleur et les retombées. Nous avons cru que la défaite du socialisme laissait toute la place à la victoire démocratique sans comprendre que la parenté de ces deux systèmes - antagonistes en surface seulement - scellait leurs destinées communes. L'effondrement de l'un annonçait en réalité la proche défaite de l'autre.

Le socialisme avait poussé à son paroxysme l'espoir d'un bonheur bâti sur le rationalisme, la science et la loi (avec les inévitables forces d'application et de répression qui l'accompagnent). Mais cette espérance fut la clé de voûte de l'ensemble du monde occidental moderne. Ainsi, à travers l'échec consommé du socialisme à l'Est et celui, proche, de sa soeur sociale-démocrate à l'Ouest, s'annonce la déroute d'une conception du monde dominant l'occident depuis le 16me siècle.

l'humanisme succombe lui aussi

L'humanisme hérité de la Renaissance, en remettant en question l'immobilisme du dogme (celui de l'église romaine comme moule de civilisation), a pu un temps sauvegarder les notions de progrès et de perfectibilité - notions éminemment bibliques, mais pratiquement occultées par le christianisme, trop soucieux de sa domination sur la masse. L'humanisme put également revaloriser la liberté et la créativité de l'homme.

Mais cette sauvegarde humaniste de l'héritage biblique est maintenant, à son tour, dans l'impasse. La loi et l'administration laïques, qui devaient réaliser ce que la religion n'avait pas réalisé, n'ont pas davantage tenu leurs promesses que l'église. La révolution républicaine a trahi ses idéaux de liberté et de fraternité comme la religion a trahi le prophétisme.

Le processus de déchristianisation est déjà bien entamé, beaucoup plus que ne le laissent croire le rayonnement médiatique encore important de l'église et une forme de respectabilité intellectuelle dont jouissent certains de ses représentants. Il faut aujourd'hui ajouter le déclin de l'humanisme, lui-même plus avancé que ne le laisse croire la persistance des références à ses idéaux théoriques dans les formules et les bons sentiments qui tiennent lieu de pensée contemporaine. Les "utopies" chrétiennes et communistes défuntes, ou considérées comme telles, le "progrès" devient une fable suspecte. L'action concertée en vue des lendemains qui chantent et autres paradis terrestres fait lever les yeux au ciel avec ironie ou provoque même la colère. Quel militant progressiste ne connaît ce soupçon systématique - voir procès d'intention - qui touche les espérances collectives tournées vers l'avenir ?

le plus préoccupant : la déspiritualisation

Les "pèlerins d'Arès" depuis le début de leur mouvement sont amenés à considérer la réalité non pour ce qu'ils aimeraient qu'elle soit, mais pour ce qu'elle est. A travers leurs innombrables contacts avec le public, ils ont donc qualifié le phénomène de déspiritualisation, c'est-à-dire que bien des hommes ne ressentent même plus cet état de rupture d'avec le Créateur, ou le Grand Tout, ou la Vie (comme on veut), comme anormale. En gros, pour certains, le point de non retour n'est même plus discernable (parfois sous des formes tout à fait policées et bienséantes) et montre ce qui peut advenir à l'humanité si elle ne réagit pas.

l'humanité orpheline d'un idéal

Alors que nous puisions le sens de notre trajectoire humaine, non dans un mythe fondateur, un éternel retour sans finalité, comme les primitifs, mais dans un projet à réaliser, un but à atteindre, nous voilà orphelins. La conviction que l'humanité peut avancer vers le partage et la fraternité n'est plus qu'un champ de ruines où erre, hébétée, une humanité à bout de souffle (la Révélation d'Arès - le Livre X/4). Vers quel avenir se tourner ? Que pouvons-nous encore en attendre ?

L'avenir devient de plus en plus incertain, "le report de jouissance ne fait plus recette" comme l'a bien perçu le sociologue Michel Maffesoli ("La transfiguration du politique" chez Grasset). L'homme contemporain s'enferme progressivement dans une sorte d'instant narcissique, un présent perpétuel semblable à celui des bêtes. L'impatience et l'impulsivité - que la Révélation d'Arès résume dans la notion de hâte (la Révélation d'Arès - l'Evangile donné à Arès 39/3) -, deviennent une pathologie caractéristique de notre temps dominé par un leitmotiv revendicateur puéril. L'incapacité à attendre, à poser son oeil sur le lointain (la Révélation d'Arès - le Livre XVII/3) pour embrasser une perspective à long terme de construction patiente et transmissible sur plusieurs générations, confirme étymologie même du mot désespérance - espérer dérivant d'un mot latin signifiant attendre-.

L'épuisement de la dynamique spirituelle et humaniste, sur laquelle s'arc-boutait la quête d'un monde meilleur, remet en cause le principe même d'évolution. La perte de mémoire spirituelle - c'est-à-dire l'oubli de la nature humaine transcendante et des possibilités de dépassement qui lui sont inhérentes - peut-elle aller jusqu'à l'amnésie totale, une sorte de point de non-retour de la désespérance ? Le Père manifesté à Arès semble l'envisager implicitement, mais fait volontairement et existentiellement le pari inverse. A notre tour, Il nous invite à choisir volontairement et existentiellement l'espérance. Tout n'est que choix. En faisant le choix de s'éloigner de la vie pour laquelle il avait été créé, Adam a peu à peu perdu conscience de sa vraie nature et a oublié les lois vitales de l'espèce humaine (4/10).

Ce choix d'Adam, perpétué de générations en générations, s'est cristallisé sous des formes variables que nous appelons "civilisations", au pluriel, mais qui ne sont en fait que les déclinaisons du même système. Avec le temps s'est imposée une représentation mutilée et réductrice de l'humain, rabaissant ce dernier à un ver intellectuel et technicien (XXI/1-6), incapable d'évolution transcendante.

Cette conception de l'homme - inapte au dépassement et enfermé dans ses limites animales - est en passe de devenir universelle. Le rationalisme et le scientisme - non la raison et la science, bénéfiques, mais leur dégradation fétichiste -, en font même ici ou là un dogme obligatoire, prolongeant les superstitions déterministes du passé. L'homme est aujourd'hui soumis à ses pulsions, à son inconscient et à ses gênes comme il était soumis aux puissances obscures de la nature et aux caprices des divinités antiques. Sur la base de ce mensonge fondamental, matrice de tous les mensonges idéologiques, religieux, médiatiques, la vie que nous menons est incompatible avec ce que nous sommes réellement.

les portes ouvrent les portes, elles tournent

Cette incompatibilité nous maintient dans une crise continue. Toute tentative visant à mettre fin à cette crise en ignorant ou refusant la nature spirituelle de l'humain abouti à une impasse. Toute solution débouche sur de nouveaux problèmes insoupçonnés qui rendent encore plus tordue la situation. S'efforçant de réduire le mal en accentuant la dynamique qui le nourrit, en multipliant les structures au sein desquelles il prolifère, la quête de l'ordre, de la justice et de la paix par la "civilisation" ne peut qu'échouer.

les impasses du progrès social

En particulier, tout progrès social négligeant l'existentialisme de l'homme, c'est-à-dire sa capacité à s'auto-créer dans la liberté absolue, se condamne à terme en sapant la véritable source du progrès : la volonté d'être fraternelle et le choix libre de chaque individu de se bonifier sans cesse. Ainsi, les "acquis" et les "droits" s'appuyant sur un renforcement du système (culture uniformisante, contrôle, lois), ont pu transitoirement apporter quelques soulagements, mais n'ont fait, au bout du compte, qu'aggraver la crise en éloignant toujours davantage l'homme de sa vocation sublime d'image et ressemblance du Créateur (Genèse).

La lutte de nos pères pour l'égalité et la justice était légitime. Cette lutte a fondé notre bien-être actuel, au prix parfois de sacrifices considérables, ne l'oublions pas. Mais la normalisation de cette aspiration par les pouvoirs et les lois en a totalement modifié la nature. Quel rapport entre les caisses de solidarité du début du siècle dernier et la Sécurit Sociale d'aujourd'hui ? Quel rapport entre l'entraide libre des premiers socialistes et l'Etat social actuel ? Les anciens voyaient leur dignité d'homme dans la gestion directe, populaire et indépendante de leurs caisses communes, ils vivaient le partage au quotidien, bien loin du fiscalisme autoritaire et impersonnel, bien loin de la bureaucratie étatique ou syndicale. Ces anciens doivent pleurer en voyant comment nous avons transformé leurs rêves d'équité vécue en "acquis sociaux" juridiques et désincarnés.

Face à ce décalage, il n'est pas étonnant de constater, chez les protagonistes des mouvements sociaux actuels, une quasi méconnaissance de ce que fut le mouvement ouvrier à son origine. Sans surprise, les acteurs des mouvements sociaux actuels, dans leur grande majorité, ne font référence qu'à la contestation de mai 68 et au Front Populaire français (on cherche encore le rapport entre les deux), ce dernier étant le modèle par excellence de l'étatisation des espérances sociales.

Les slogans des manifestations récentes, essentiellement axés sur le sacro-saint pouvoir d'achat - non le pouvoir de choisir pleinement sa vie, mais celui de posséder à l'infini -, en disent long sur leurs perspectives. Nulle revendication de liberté, nulle aspiration à réinventer le rapport au travail, nulle critique réelle de la société contemporaine, n'émanent des banderoles et des porte-voix. On perçoit juste une demande croissante de sécurité - par ailleurs bien compréhensible -, et une affirmation du droit à consommer, bref une aspiration plate à un bien-être bourgeois d'ailleurs largement acquis.

Aux antipodes des élans précurseurs dont ils se réclament parfois abusivement, les mouvements sociaux actuels sont conservateurs, voire réactionnaires pour la plupart, ou encore accrochés aux acquis sociaux dont peu se rendent compte qu'ils ont été acheté à crédit et qu'un jour ou l'autre, il faudra faire les comptes.

Pourquoi refuser de voir cette évidence ? En voulant le bonheur de l'homme par la loi et l'Etat, le socialisme a produit un chaos en vertu d'un principe naturel simple ; lorsque la dynamique créatrice décline, le chaos regagne du terrain. L'effondrement de l'URSS, implicitement prévu par la Révélation d'Arès, l'illustre clairement.

l'homme rendu imbécile

En se substituant à la conscience et à la création personnelle et collective libres, la loi et l'Etat sont facteurs de crise. Voilà qui renverse complètement la perspective à laquelle notre regard s'est habitué depuis des générations. Les tenants de la contrainte affirment que l'homme est inapte à la liberté. Ils le voient perpétuellement dangereux pour lui-même et pour les autres, à tout le moins trop médiocre pour construire par lui-même l'harmonie sociale si la contrainte ne lui impose pas la rédition à un ordre qui le dépasse et que le discours ambiant idolâtre au passage.

C'est ainsi que l'homme est rendu réellement médiocre, comme ces enfants à qui l'on répète sans cesse qu'ils sont bêtes et qui finissent par y croire et le devenir vraiment. Le Créateur, qui connaît sa créature mieux que nous ne la connaissons nous-même, la sait meilleure qu'on ne croit et soutient que la liberté existentielle - la Loi Qui sera (la Révélation d'Arès - l'Evangile donné à Arès 28/8) - est seule apte à enfanter une humanité responsable et mature, bref intelligente.

les risques de la liberté bien moindres que ceux du système

Le Créateur ne néglige pas les risques de la liberté mais affirme que c'est en affrontant ces risques et en les surmontant peu à peu par l'amour éduqué, la patiente discipline, la volonté d'être juste, que l'humanité s'humanise, c'est-à-dire retrouve sa vraie nature humaine et réveille son potentiel de bien.

"Voilà qui est folie !" rétorquent ceux pour qui la liberté évangélique est un projet irresponsable propagé par des rêveurs naïfs, "Les risques de la loi qui est (28/8) sont moins grands que ceux de votre chimérique "liberté absolue", aux conséquences incalculables !". Ajoutons sans ironie ni malveillance que les premières conséquences notables seront la perte de privilèges pour ceux qui profitent de ce système (bien plus nombreux qu'on ne le pense) et la mise au grand jour de turpitudes inavouées chez pratiquement tout le monde. Le nombre d'activités humaines qui exploitent la vanité de l'homme est décidément imposant. Mais quel gain en retour : celui de la liberté, sans parler d'une perpétuité dont presque personne ne soupçonne la possibilité. Encore une fois, ces valeurs hautement spirituelles feront-elles recettes ? C'est le pari de Dieu pour l'humanité, bien plus sage que la folie ambiante.

la liberté absolue : condition sine qua non de l'évolution

Les promoteurs de la liberté absolue peuvent répondre que puisque aucune exprimentation menée sur une échelle assez grande et sur une durée assez significative n'a permis à l'humanité d'évaluer objectivement cette option, ils ont bien le droit de s'y risquer. Les désastres causés par les pouvoirs tendraient plutôt à démontrer qu'à se couvrir d'illusions dans le carcan du système, ce qu'on risque à coup sûr c'est d'essuyer de nouvelles catastrophes qui accompagnent presque toujours l'endoctrinement et la soumission de masse au chef ou à l'idéologie.

Les guerres les plus meurtrières, les politiques les plus dévastatrices n'ont pas été perpétrées par des individus sans lois et sans autorités mais par des troupeaux humains marchant tête baissée derrière leurs hiérarchies et leurs docteurs, religieux ou politique ce qui est la même chose. Et bien évidemment, ces même donneurs d'ordre sachant dans quel précipice leur funeste dessein allait précipiter leurs peuples firent toujours en sorte de se prémunir à titre personnel contre le malheur à venir, oubliant qu'ils avaient de toute façon déjà causé leur perte.

"Utopie, non sens, constat erroné !" répondent les craintifs et les désespérés, auxquels le siècle donne bizarement le statut de "sages" et de "réflechis" quand ils ne font qu'aligner mécaniquement des sophismes à partir de séquences de pensée incohérentes entre elles. Le mot claque comme un couperet, sans appel et sans débat, comme d'autres mots du même genre (sectes, adeptes d'un gourou dangereux, etc.).

Mais, d'une part, tout progrès véritable est toujours parti d'une soit-disante "utopie", défendue avec acharnement par une minorité de "rêveurs naïfs", laissant ces contradicteurs de bas étage rejoindre les oubliettes de l'histoire, au pire, ou rejoindre le train en marche au mieux.

D'autre part, le progrès envisagé dans le cadre de la liberté absolue est certainement moins utopique que le progrès politique qui exige des moyens toujours plus grands, mais toujours insuffisants, et qui n'apporte pas de solution au mal, Le mal est simplement tenu à distance, ou pire, déguisé sous des formes respectables. Appelons-les "culture", au sens que lui donnent les sociologues modernes : un ensemble de valeurs auxquelles l'humanité croit par dépit autant que par illusion pour adoucir sa détresse, mais qui ne font pas son bonheur, quand elles ne lui sont pas carrément funestes.

La déresponsabilisation corrélative à cette infantilisation se double parfois d'une accumulation de boniments (du genre "les Français savent bien que", etc. - eh non, bien souvent on ne sait pas grand-chose). C'est le discours politique qui impose cela : on flatte avant de mâter au besoin.

Dans ce bruit, l'humanité occidentale a pourtant atteint un niveau de confort et de protection sans précédent dans l'histoire. Croyant à la persistance et à la pertinence de ce nouveau dieu de l'abondance, elle demande toujours plus et de plus en plus vite. D'où la spirale revendicatrice insatiable qui la meurtrira plus cruellement que le dénuement ne meurtrissait ses ancêtres - le malheur et le bonheur n'étant que des sentiments relatifs à ce qu'on s'attend à perdre ou à gagner.

Le progrès ne repose pas sur l'homme lui-même, qui serait donc son propre étalon de mesure, affranchi de rêves aussi stupides que problématiques. Non, il repose sur la multiplication sans fin de prothèses de plus en plus coûteuses. Il ne peut que déboucher sur un blocage général, le "gridlock" dont nous parlions plus haut. Nous sommes en plein dedans. Ceux qui croient autre chose n'ont tout simplement pas les yeux en face des trous.

l'utopie du changement de l'homme : le seul réalisme d'aujourd'hui

A côté, le projet d'un bonheur bâti sur le roc de la vertu quotidienne et concrète apparaît comme étant le véritable réalisme. Jésus, prophète juif qui contrairement à une perception sans rapport avec ses propos mêmes avait bien les pieds sur terre, ne disait pas autre chose. Il osait même aborder de façon subtile le rapport encore mal compris de l'homme aux forces du hasard, de l'histoire et de la création elle-même, ce qui semblait d'ailleurs passer complètement au-dessus de la tête de ses apôtres, des gars comme tout le monde bien loin des saints que l'église romaine s'est trouvé pour se donner une légitimité et justifier sa hiérarchie et sa dogmatique.

Que ce projet soit difficile et long à mettre en oeuvre est un autre débat. Ne confondons pas difficulté et impossibilité.

Le blocage du système, sous une forme ou sous une autre, est inévitable. Il découle logiquement de la nature humaine parce que l'être humain n'est fait ni psychiquement ni même biologiquement pour fonctionner sous la normalisation généralisée. L'histoire des révolutions et des décadences le démontre. Priver l'homme de sa dynamique d'évolution permanente, d'autocréation continue, revient à nier l'homme. La stagnation et le dirigisme tuent l'homme aussi sûrement que la vie hors de l'eau tue le poisson. Question de temps.

Soumis à cette asphyxie de plus en plus intolérable, l'homme réagit tôt ou tard violemment, qu'il dirige cette violence contre les victimes expiatoires de son choix, selon les circonstances, ou bien contre lui-même, comme le montrent déjà certains comportements suicidaires. A titre d'exemple, certaines grèves qui contribuent à tuer la cane aux oeufs d'or (VIIIX/3) tout en exigeant une ponte toujours plus généreuse et abondante.

Le progrès de l'état de droit, des systèmes redistributeurs, des structures régulatrices n'est pas méprisable en soi. Il a soulagé bien des souffrances, réduit bien des iniquités.

Mais ce progrès laïc qui supplanta la charité chrétienne n'en est pas moins gros d'un paradoxe effrayant depuis le début. Il a en effet affaibli ses bénéficiaires et aveuglé sur ses bénéficiaires sur les réelles causes du mal qu'il était sensé affronter. Les mécanismes et les pouvoirs voulant nous protéger les uns des autres et nous protéger des aléas de l'existence ont finalement dilué toute présence, toute responsabilité. Ce qui devait faire obstacle à l'injustice est également devenu un obstacle à notre amour. Ce qui devait faire reculer le mal a également fait reculer notre volonté d'être bons. L'homme ne partage massivement que parce qu'il est contraint, non par conscience d'autrui, elle-même issue d'un long développement de son amour du prochain.

que l'être humain se réapproprie son histoire

Partout il y a des traces de l'homme - des structures et des règles mises en place par l'homme. Mais l'homme est absent, à lui-même, à sa vocation spirituelle, aux autres. Là est l'une des origines de la crise.

Pour en sortir, une seule solution, restaurer le face-à-face de l'homme avec l'autre homme et avec lui-même. L'autre ? Un autre moi-même pour paraphraser Emmanuel Lévinas, qui n'a fait que réactiver le "Tu aimeras ton prochain comme toi-même". La crise en cours va certainement y contribuer. Le développement actuel des économies et sociétés "informelles", le travail "au noir" (remarquez bien le qualificatif dépréciatif), le troc de service et de biens, la solidarité auto-organisée en dehors des institutions, - très avancés dans les pays qui ont fait l'expérience radicale de l'impasse du système, comme l'Argentine, mais également en croissance aux Etats-Unis et en Europe -, annoncent vraisemblablement une mutation vers une société d'un nouveau type, qui trouvera peu à peu son équilibre au-delà des lois et des systèmes.

Ces phénomènes, souvent perçus comme des "déviances" dangereuses par les rois et leurs soutiens - en témoigne le harcèlement de certains SEL qui, en France, refusent le carcan juridico-administratif - sont en fait des expériences porteuses d'espoir.

faire l'expérience du changement

Pour changer vraiment, l'homme doit perpétuellement faire l'exprience de sa propre réalité, aussi éprouvante soit-elle. Celui qui mime la vertu se retire toute possibilité de l'atteindre un jour. Ainsi, la morale ou la loi n'aboutissent qu'à un simulacre et le voile pudique jeté sur les faiblesses humaines ne fait pas de l'homme un homme changé. "Je cherchais des grands hommes et je n'ai trouvé que des hommes singeant leur idéal", écrivait Nietzsche dans son "Crépuscule des idoles".

Pascal, bien avant Nietzsche nous prévenait déjà que l'homme qui veut "faire l'ange" finit souvent par "faire la bête". En simulant la victoire sur le mal et le désordre, en se mentant elle-même, notre société policée et autosatisfaite a occulté la question du péché, la réduisant à un problème quasi technique de maintien de l'ordre social, ou à une vague codification morale.

Aujourd'hui, il nous reste cette vérité terrible : la structure sociopolitique est une chose et l'homme qui l'habite une autre. Autrement dit, nous vivons une schizophrénie ambiante. Notre vieil occident se vide et s'effrite en poussière comme le sureau (la Révélation d'Arès - l'Evangile donné à Arès 33/30) et ne laissera bientôt que l'écorce creuse de ses institutions, auxquelles de moins en moins croient - quand ils connaissent simplement leur existence. Elles ne font plus que laisser l'impression de la vie alors que la vie s'est depuis longtemps retirée. Des morts gouvernent des morts (la Révélation d'Arès - Livre XXXV).

Méditant la chute du géant soviétique, le frère Michel écrit : "Un vide se creuse tôt ou tard entre les programmes politiques, économiques ou religieux et les réalités, ou entre ces programmes et l'existence (PA 93-96, p. 216)." Cette dissociation est la racine même de la crise à laquelle nous sommes confrontés. A force de cacher sa nuit derrière le rêve (II/14) des bons sentiments et des déclarations de principe, à force de taper le ruileau (XVIII/13) de la "Démocratie" et des "Droits de l'Homme" (le ruileau désigne le nécessaire à maquillage), notre société a fini par croire que ses idéaux étaient accomplis ou que leur proclamation suffisait comme accomplissement. Son illusion adoucit sa détresse (23/3) mais tue le germe du changement - lequel ne peut se faire sans conscience et lucidité - et prépare un réveil douloureux dans l'éclat de la lumière (1/8).

mettre la crise à profit pour une remise en question de fond

Mais mieux vaut un réveil douloureux que le sommeil de la mort. La crise actuelle nous aide à sortir du sommeil. Même si nous ne le percevons encore que de façon floue, incertaine, c'est vraisemblablement la conception d'un monde géré et administré par la logique planificatrice et centralisatrice qui est en train de mourir. Oui, nous assistons à la fin d'un monde où la paix et l'équilibre ne peuvent plus être assurés par des instances, où les citoyens ne peuvent plus être protégés contre les aléas de la vie par des mécanismes redistributeurs et des garanties juridiques. Oui, nous le répétons, ce monde est à l'agonie. Il ne s'agit pas simplement d'une inadaptation passagère de structures momentanément dépassées mais d'une remise en question plus profonde d'un modèle d'ordre basé sur la rationalité technocratique et institutionnelle.

Cette remise en question n'est pas en soi négative, bien au contraire. Elle ouvre des portes vers d'autres mondes possibles et, en provoquant la quête de nouveaux équilibres, relance l'évolution humaine. Avant d'être, tout est crise (le Pèlerin d'Arès 1989 - page 214). Comme toute crise, celle dans laquelle nous sommes engagés est un levier puissant de création (ibid. p. 220). Le Père de l'univers se propose d'appuyer sur ce levier avec nous, en mettant Son Bras au bout du nôtre (la Révélation d'Arès - le Livre XXX/6).

Le délitement de notre société et l'affaissement de ses certitudes sont une occasion extraordinaire de reconsidérer l'être humain en profondeur et de rouvrir le chantier de notre vie personnelle et collective.

l'homme porteur du miracle

Le Message d'Arès l'annonce, la crise de notre civilisation va provoquer la fonte des glaces - partout la glace redevient de l'eau annonce le Livre (XLIV/8). Non particulièrement les glaces des pôles nord et sud, mais les glaces qui ont figé l'histoire de l'homme. Nous pouvons anticiper des possibilités de fluidité et de mouvement dans des domaines ou dans des lieux où la situation était jusqu'à présent bloquée, où la vie était devenue stagnante. Déjà, la méfiance de nos contemporains face aux institutions politiques, religieuses, économiques ou leur rejet pur et simple, le doute croissant face aux "valeurs" de la culture et le sentiment populaire qu'il "faut chercher autre chose" préparent le terrain aux acteurs du changement. Dieu nous apprend qu'Il suscite lui-même ce sentiment : "Je souffle en silence dans leur poitrine, Mon souffle passera devant toi et les ouvriers de la moisson pour ployer les tiges, les offrir à vos faux..."(la Révélation d'Arès - l'Evangile donné à Arès 28/6 et 13/9).

"Chaque fois que l'inaptitude des structures mentales, sociales, politiques et/ou religieuses, jusqu'alors estimées les meilleures se fait jour, l'homme se met à douter des valeurs auxquelles il croyait, un puissant mouvement spirituel est possible. Dans ces moments décisifs, qui se multiplieront, le frère doit vivre plus intensément l'action sur soi et sur la société", écrit le frère Michel dans l'une de ses annotations de la Révélation d'Arès. Le frère est bien entendu ici tout homme qui a commencé de changer sa vie.

Les difficultés croissantes, incontournables, auxquelles vont se retrouver confrontées les institutions et les administrations ouvriront devant bien des hommes de bonne volonté des espaces de liberté inespérés où ils pourront expérimenter d'autres modalités de la vie collective, d'autres projets de société et plus profondément une autre dimension relationnelle, bref, une autre humanité.

Edgar Morin, dans l'entretien cité précédemment, l'affirme avec conviction : "Je crois que des grandes crises peuvent surgir des facteurs d'invention. La crise que traverse actuellement l'humanité est porteuse de capacité de métamorphoses. Or le propre des métamorphoses, c'est qu'on ne les voit pas avant qu'elles n'aient eu lieu". C'est, en quelque sorte, pour nous permettre de "voir à l'avance" la métamorphose à notre porte - tu vois l'Ile bleue au loin (la Révélation d'Arès - le Livre XIV/13) - et, par cette vision anticipée, nous encourager à l'accomplir que le Créateur a refait irruption dans l'histoire des hommes.

Il nous dit en substance : "Vous avez cru trouver la solution au mal dans la religion, ou dans la politique qui n'est qu'une autre forme de la religion, mais vous pressentez aujourd'hui que vous vous êtes trompé de route, qu'il vous faut changer de cap. Vous vous attachez encore à des illusions anciennes mais vous n'êtes pas loin de comprendre que la seule vraie solution du mal est en vous. Ayez confiance, osez rompre avec l'habituel, le connu, il a fait son temps ! Osez imaginer un futur inédit, vous en avez la capacité ! Si une fraction de l'humanité fait l'effort de changer en bien (ce que la Révélation d'Arès nomme "pénitence"), sans jamais se décourager, et trouve d'autres hommes qui acceptent de s'engager dans cette voie, et ainsi de suite, le mal sera vaincu".

le ton est résolument d'espérance

Comme on peut le voir, la Parole d'Arès n'est pas catastrophiste. Elle n'a pas été révélée pour nous alerter de la venue imminente d'un cataclysme devant lequel nous n'aurions qu'à fuir - fuir où, du reste ?

Elle n'annonce pas davantage la grande purification finale de l'Apocalypse - le Message d'Arès rejette explicitement l'apocalypse de Jean (16/12) et, plus fondamentalement, toute logique apocalyptique -, ou la venue inéluctable du Jour de Dieu. Si, comme le disait Jésus il y a deux mille ans, notre temps est traversé de signes chargés de sens pour celui qui a lu le Message d'Arès, ces signes n'annoncent pas une métamorphose automatique, prédéterminée, que nous n'aurions qu'à attendre pieusement comme le conçoivent certains croyants millénaristes ou influencés par les théories astrologiques du New Age.

Même lorsqu'elle prédit le dénouement heureux d'un événement précis, comme dans l'annonce de la guerre soviético-afghane et du soutien de Dieu à la résistance musulmane contre l'Armée Rouge (la Révélation d'Arès - le Livre XV), la Parole insiste sur la logique du miracle lui-même : l'homme reste finalement libre de ses choix et du résultat final. Même le miracle n'est jamais définitivement acquis et doit être prolongé par l'action volontaire et consciente de l'homme, parachevé par le fils - Dieu n'impose rien à ses enfants, pas même le miracle. Les signes actuels, explicites pour ceux qui ont des yeux pour voir, sont les indicateurs de circonstances historiques favorables à la réapparition de l'homme adamique, l'homme d'avant la chute qui n'est pas l'homme d'un passé mythifié mais l'homme du temps qui vient (30/13). C'est-à-dire encore l'homme tel qu'il est comme image et ressemblance positive du Père créateur. Le prophétisme arésien ne rêve pas du retour à un âge d'or passéiste et Eden n'a de signification que résolument tourné vers l'avenir à bâtir.

Ces signes ne signifient pas que tout est joué d'avance mais indiquent qu'une faille s'est ouverte dans la citadelle du système, et qu'il faut maintenant s'y engouffrer. Sur la rive, ces signes nous aident à surmonter nos peurs. En particulier, la lourdeur et la complexité du système sont sa principale fragilité : les rois (c'est-à-dire les dominants de tous bords) (dé)pendent du fer dont ils ont forgé leurs couronnes. Le poids de ce fer les empêchera de nager contre l'Eau du renouveau descendue du Ciel et ils finiront noyés.

L'extinction dont sont déjà marqués (28/7-9) les systèmes qui bloquent l'évolution humaine est une opportunité libératrice, propice à une évolution décisive de l'humanité en direction du bien et du bonheur. Mais elle n'est pas en elle-même une garantie de triomphe du bien. Pour aboutir au monde changé, cette extinction doit impérativement et simultanément s'accompagner de la naissance d'une alternative spirituelle au système, suffisamment forte et significative pour entraîner dans son mouvement créateur les énergies ainsi libérées.

le rassemblement des hommes de bien

Pour l'heure, le reste des hommes de bien capable de produire cette force d'attraction et de cohésion, cette dynamique d'entraînement et de rassemblement n'est que potentiel. Il n'a pas encore suffisamment pris conscience de lui-même et demeure trop faible et dispersé pour jouer son rôle de "levain dans la pâte", pour reprendre une parabole évanglique bien connue.

De fait, le vide suscité par une disparition trop rapide du système, pourrait favoriser l'installation des bêtes fauves et des broussailles (Exode 23/27-30), comme dans une friche livrée à elle-même, en lieu et place du jardin de fraternité et d'intelligence spirituelle. Le risque qui accompagne le désordre, outre qu'il peut être en soi un handicap pour l'action que Dieu attend de l'humanité (tout simplement un retour au bien et au bonheur), est l'installation, par réaction, d'un ordre dur de type totalitaire qui la menacerait tout autant.

Dans les périodes convulsives, le peuple est souvent prêt à accepter la pire tyrannie pour échapper au chaos, il réclame d'autant plus le chef qu'il est déspiritualisé et en panne d'espérance. Ce n'est pas pour rien que Dieu nous met en garde contre la venue du roi fort (la Révélation d'Arès - le Livre X/10), dont le nazisme et d'autres épisodes tragiques du siècle dernier furent l'illustration.

faire le bon choix

On le voit, rien n'est simple et le changement trace son chemin au sein de paradoxes complexes. Ce qui favorise la venue d'une harmonie nouvelle conjointement à une action créatrice volontaire peut aussi être facteur de régression si cette action créatrice fait défaut ou manque de force compensatrice. Parce qu'elle jette à terre les organisations des rois blancs et noirs (le dominateur religieux et le dominateur politique), mais que leur remplacement par une humanité changée n'est pas fatal dans notre contexte de progression rapide du désespoir et du cynisme, la crise offre une marge de manoeuvre étroite et délicate entre le chaos et la création, entre la liberté absolue et la tyrannie.

Nous sommes aujourd'hui rendus à un point de l'histoire très particulier, inédit. Pour la première fois, une culture se retrouve en position d'hégémonie presque totale et impose une conception unique de l'homme et de sa vocation. Dans la sphère orientale de notre monde abrahamique, elle-même en crise, cette domination n'est pas sans poser de graves problèmes, dont le terrorisme en réaction n'est que l'épiphénomène.

L'uniformisation du genre humain n'a jamais été aussi grande. Pour la première fois, une civilisation domine à l'échelle du globe, diffuse sa "philosophie" de l'existence que nous résumerons par un curieux mélange entre ce qui reste de la "pax romana" imposée par les antiques légions romaines et l'American Way of Life. Disons que les ingrédients de cette cuisine peu digeste mêlent le matérialisme, le consumérisme, le scientisme, le rationalisme et le légalisme entre autres choses. Chaque chef politique a bien évidemment son tour de cuiller.

De façon très préoccupante, l'indigestion risque bien d'entraîner l'humanité entière dans une nausée non seulement spirituelle, mais aussi morale et matérielle. Jamais, peut-être, l'homme n'a été aussi sceptique vis-à-vis d'un futur meilleur et aussi conditionné à le croire impossible.

Etymologiquement, le mot "crise" - du grec krisis qui signifie "décision" -, désigne, dans le vocabulaire médical, une évolution subite de la maladie, décisive en ce qui concerne l'aggravation ou la guérison. Si le terme est aujourd'hui généralement négatif, la "phase critique" était à l'origine comprise comme un moment délicat, une étape dangereuse mais ouverte sur l'espoir. Jamais, peut-être, l'humanit malade (Matt. 9/12) n'a été aussi proche simultanément de la victoire et de la défaite.

Dieu nous dit que cette antinomie peut être féconde, pour peu que des hommes opiniâtres - le changement vu comme recréation dynamique de soi et non comme punition - rassurent l'humanité sur ses capacités de dépassement et lui redonne foi en elle-même.

Si la majorité des humains de ce siècle ne croient plus en leur puissance bienfaisante et se résignent à la faiblesse, le témoignage vivant de cette puissance réactive aidera à surmonter bien des difficultés et des désillusions.

Si la plupart des hommes s'obstine encore dans des voies sans issue et s'accroche aux erreurs passées - par peur du nouveau mais aussi faute de discerner clairement des solutions de substitution convaincantes -, le nombre de ceux qui pressentent qu'un livre est en train de se fermer (la Révélation d'Arès - le Livre I/11) et qu'une nouvelle histoire peut commencer, ne cesse de croître.

Déjà, des hommes et des femmes comprennent, même de faon clignotante ou obscure, qu'il leur faut se réapproprier leur vie, que les solutions à la crise, jusque là attendues de l'extérieur, sont en eux. Déjà, certains perçoivent la nécessité de "repenser l'espérance", selon les mots d'Edgar Morin. Au lieu de "changer les pansements" d'un corps sans cesse soumis à la maladie et sans rémission apparente, ils commencent à "penser les changements".

Les plus avancés savent, même s'ils n'osent pas encore en tirer toutes les conséquences logiques, que l'amour du prochain est le seul remède au mal et au malheur. Ils savent également, qu'il ne naît et ne s'épanouit que dans la liberté et que les "utopies" du passé ont essentiellement échoué pour ne pas avoir suffisamment pris en compte cette vérité capitale. Leur nombre n'est peut-être pas si faible qu'on ne croit. Une des fonctions principales de l'action arésienne, souvent confondue avec une entreprise de recrutement primaire ou de propagande, est de rassembler ces hommes et ces femmes porteurs du vrai en eux-mêmes et de les encourager à garder le cap de leur intuition, contre vents et marées, dans le cadre du petit reste suscité par la Révélation d'Arès, ou dans un autre cadre plus conforme à leurs sensibilités et à leurs possibilités.

Les "pèlerins d'Arès" n'ont pas d'exclusive. Le retour du bien dans l'homme est un enjeu au-delà de toute étiquette.